Après une introduction d’Agnès Gindt-Ducros expliquant l’historique de la création de ce séminaire intitulé « Protection de l'enfance et santé mentale des enfants : les enjeux d'une pédopsychiatrie sociale », Guillaume Bronsard a introduit la séance en expliquant les raisons de ce séminaire, témoignant de la faible articulation entre le secteur de la pédopsychiatrie et l’ASE sauf dans le cas de situations d’urgence, alors qu’historiquement les liens ont toujours été très forts. De même, il a souligné que la recherche en médecine sur la santé mentale des enfants en protection de l’enfance est faible en France. Louise Genest, chargée d’études à l’ONPE, a ensuite exposé les premiers résultats de l’enquête ONPE auprès des départements sur le partenariat ASE/pédopsychiatrie révélant ainsi la demande sensible du côté des départements d’une plus forte structuration organisationnelle de ces liens.

Le Pr Bruno Falissard a été le premier à intervenir dans cette première séance portant sur « Santé mentale des enfants confiés à la protection de l’enfance : approche épidémiologique ». Il a questionné la pertinence d’une épidémiologie psychiatrique et pédopsychiatrique, en relevant les résultats contradictoires trouvés dans les études épidémiologiques les plus sérieuses, mais également la reproductibilité des évaluations ainsi que celle du seuil de pertinence clinique des symptômes recueillis. La pertinence du DSM (Diagnostic and Statistical manual of Mental Disorders) a été fortement interrogée, en particulier pour les enfants, en raison de la fragilité de ses contours, surtout pour les tout-petits. Bien souvent, les étiquettes de diagnostic sont ²collées² aux enfants comme une expression collective par les adultes d’une souffrance que l’enfant lui n’exprime pas, à la différence du secteur psychiatrique adulte où c’est le patient adulte qui est en demande de consultation. Pour l’enfant, c’est majoritairement l’entourage qui l’amène en consultation. Bruno Falissard constate que le ²patient pédopsychiatrique² constitue le plus souvent le lieu d’expression d’une plainte collective.

Le Pr Guillaume Bronsard a ensuite présenté les résultats des différentes études d’épidémiologie psychiatrique qu’il a réalisées spécifiquement auprès des enfants placés, en abordant les spécificités des profils psychopathologiques, notamment autour des comorbidités massives et les particularités rencontrées chez les filles. Tout en soulignant la prudence à avoir avec ces outils épidémiologiques, il en souligne les bienfaits pour avoir une meilleure connaissance de ces enfants, et notamment pour repérer des tendances permettant la comparaison entre pays. Les enfants placés, sous-groupe de la population de la protection de l’enfance, présentent une grande vulnérabilité psychique, et des facteurs de risque importants, notamment car ils ont subi précocement un stress chronique. Cependant, il insiste sur le fait qu’un des résultats les plus importants à montrer, correspond au fait que ces enfants ne sont pas tous porteurs de troubles et ne relèvent pas tous du secteur de la pédopsychiatrie. Il conclue sur le fait que les recherches sur la santé mentale des enfants placés sont difficiles mais faisables s’il existe une forte implication des directions et équipes de terrain. Une collaboration entre pédopsychiatre et ASE est ainsi nécessaire et durable.

Pour terminer, le Pr Jean-Marc Baleyte et le Dr Rémi Bailly ont présenté les valeurs éthiques sous-jacentes à leur intervention au sein de l’Unité mobile pour adolescents à la Maison des adolescents du 94. A partir de la pédopsychiatrie systémique et de la philosophie chinoise, ils montrent comment construire un diagnostic de situation, se déportant de la question de l’individu vers la question de la situation. Par un décentrement de l’individu, l’ouverture à la situation, la disponibilité sont les conditions d’un changement thérapeutique. La vulnérabilité cesse d’être l’attribut du sujet mais est plutôt celui de la situation. Le diagnostic de situation s’inscrit dans une conception relationnelle de la personne où l’on dépasse la dissociation entre l’individuel et le collectif. Le diagnostic psychiatrique peut être ressenti comme une injure par l’adolescent qui ne veut pas être stigmatisé par son histoire de vie. Il s’agit alors en protection de l’enfance de s’intéresser à la personne dans son environnement : le foyer de l’Aide sociale à l’enfance, la famille pour ceux en milieu ouvert, les amis, l’école... Le pédopsychiatre n’est pas en retrait du quotidien.